Mon quartier inaccessible …

Un dimanche paisible – ils sont toujours ainsi à Châtell’ – mais quelque peu perturbé !

La chaleur qui s’annonçait sérieuse en ce dimanche,  m’a conduit à l’ombre des arbres près d’un des bras de la Vienne, à côté de l’île Cognet, l’une des îles de la cité de Châtellerault…Eh bien oui, il y en a …

Le cadre me paraissait apaisant pour poursuivre la lecture d’un Modiano, à la plume cadencée et parfois un peu ténébreuse parce que les phrases semblent en permanence, nous préparer à lire  quelque chose qui se dessine de plus mystérieux.

Un moment approprié en ce lieu puisque déserté par pêcheurs et randonneurs pris, à préparer la journée familiale et festoyer leurs mamans chéries, et combien c’est louable ! Point concerné par la festivité, bien qu’elle soit sublime, parce que ce sont elles, qui sont la ressource éternelle de la vie en la donnant avec chaque naissance…

Les premiers à me perturber ce furent les canards, trois mâles en rut poursuivant une belle canette, en tentant de lui mordiller le cou – oh les coquins – comme une danse nuptiale mais c’était trois garçons qui se disputaient à l’avance un couffin ou nid, si affinités éprouvés…Mais quel barouf avant l’heure…De quoi vous réveiller – malgré la chaleur – des instincts sensuels…et vous distraire des belles œuvres littéraires…

Bon reprenons, à nouveau, quelques lignes de « Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier », l’ouvrage de Patrick Modiano. J’en ai bien besoin d’aide pour connaître, et bien connaître, mon quartier, si chargé d’histoire, de plus de dix siècles, qu’il me sera impossible de tout apprendre…Et mon regard suffit à justifier ma réflexion ! En amont, trois ponts barrent mon horizon, et je les perçois nettement à travers leurs arches, qui s’enchevêtrent dans cette belle perspective châtelleraudaise – le meilleur point de vue local. Puis en aval, regarder vers le grand large, qui conduit avec certitude vers la Loire et l’Océan, qui me permettront d’atteindre mon Atlantide « perdue » à moi.

Replonge ton nez, dans les pages du livre, et avance un peu, bon sens, puisque cela se complique avec le carnet d’adresses de l’auteur qui a un nom enregistré, mais dont il ne sait pas pour le moment justifier sa présence…dans son répertoire téléphonique.

Il fait chaud, et je me décide à baigner mes pétons pour qu’ils soient caressés par les eaux de passage, celles de la Vienne, mais celles qui ne vous facturent pas leur prestation au passage, silencieuses et particulièrement douces et rafraîchissantes.

Puis le clebs de la joggeuse, vient me renifler, parce qu’il a choisi l’option « free » et sans laisse …pour cette matinée dominicale…

Bien que les mots parfaitement bien articulés de Modiano me subliment, je remarque que la passerelle de l’îlot Cognet n’est pas là, ce qui me dispense de m’aventurer dans ce paradis végétal en ville, et d’être à nouveau perturbé dans ma lecture, puisque le temps n’est pas encore venu pour la visite…par décision municipale; tu as tort JPA.

Et je suis toujours bloqué quelque part dans cette histoire, complexe, comme moi, pour ne pas me perdre dans mon quartier, quelque part, entre la page 23 et 24… de mon ouvrage.

Pendant ce temps, je tapote des pieds dans l’eau, les lunettes de soleil glissées en arrière sur la tête, pour ne pas les perdre, comme font certains, ou bien qu’elles tombent dans la flotte, ce qui mettrait fin à la découverte littéraire de mon quartier sur édition broché, en gardant mon regard au ras de l’eau, vers l’amont ou vers l’aval de la rivière…Tantôt l’un tantôt l’autre…

Puis, je remarque le regard de quelqu’un, fixé sur moi, affichant un sourire narquois – certainement à mon sujet; et là, je comprends le ridicule du tableau, de barboter les pieds dans l’eau, comme un gosse attardé, pantalon retroussé jusqu’aux genoux …et livre entre les mains, un air benoît …à perdre bêtement son temps.

Heureusement dans tout cela, le pont Henri IV garde, comme d’habitude, tout le sérieux de son âge, pour présider aux destinées de mon quartier, que je tiens à bien découvrir, avec patience… et il me regarde fixement de son attitude majestueuse.

 

10 réponses sur “Mon quartier inaccessible …”

  1. Vacances finies, alors je reviens sur votre blog. Toujours autant d’humour pour narrer le quotidien. J’aime beaucoup ce texte et je le relirai, il le mérite.

  2. Très bons goûts littéraires ! j’adore Modiano même si un peu parfois compliqué à lire… et très bons choix de photos une nouvelle fois. Châteauneuf, toute mon enfance. l’île Cognet qui accueillait les chars une fois l’année (je ne sais plus exactement quelle date) et sur laquelle on pouvait accéder ! oh Nostalgie !

  3. Une flânerie comme je les aime, où l’humour parfois coquin flirte avec une douce mélancolie. Le paysage devient une histoire, avec ses petits détails qui fourmillent ; et le livre qui vous accompagne devient aussi un lieu à arpenter, avec ses mots pour boussole. Bravo Fernand.

    1. Moi, qui a dévoré tant de livres et rédigé tant de rapports techniques, je me découvre en et l’écrivain flatte ma prose, teintée de mélancolie ! Le suis-je vraiment ? Il y a peut-être de cela…

  4. Moi je réponds d’abord à Dursus. Cette fête qui était vraiment belle , c’était le 14 juillet; J’ai connu ces chars et je sais que certains se moqueront mais je participais en faisant chez mes parents des fleurs..papier crêpon pour fleurir les chars et le soir il y avait le bal…eh! oui nostalgie!! Par contre il faut reconnaître que FH est très fort pour nous faire aimer ce que nous avions oublié ou ce que nous oublions…cette belle île Cognet; en tant qu’élue municipale, je peux aussi préciser que l’ile était ouverte seulement pour ces manifestations, aujourd’hui, on évite les endroits  » cachés  » , trop de tentations…trop d’insécurités…désolée de ce commentaire un peu long …

    1. Long comme commentaire ? Sans importance mais peut-être que la conseillère municipale pourrait nous écrire un article pour nous faire revivre l’histoire de ce passé presque oublié à moins, qu’elle me sollicite pour me faire écouter ses souvenirs de jeunesse pour transcrire fidèlement sa mémoire châtelleraudaise…

  5. J’ai un passé à Châteauneuf où j’habite depuis 1965 mais je ne manie pas la plume comme vous…il faudra effectivement que je vous parle de Châteauneuf à cette époque …et vous, vous écrirez…

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