La saga du «Facteur de Colombiers»

 … La saga de Camille Audinet …

Le Facteur de Colombiers selon David Pascaud 

 

 

David Pascaud, écrivain, nous a livré, en trois épisodes,  de manière pathétique – un sentiment de révolte face à cet assassinat. C’est son récit,  qui est le sien – à sa manière d’écrire et d’imaginer ce qui furent ces événements;  le souvenir du Facteur de Colombiers !

Une belle plume empreinte d’un grande sensibilité, qui a su bien traduire la noblesse de ses sentiments : un cri de révolte face à un lâche assassinat d’autant qu’il restera toujours impuni; de quoi exacerber encore davantage sa colère …qui est plus que sincère; quoi dire de plus ? Une colère que vous comprendrez mieux, en lisant le troisième, et dernier épisode de cette saga poitevine.

Vous pouvez prendre connaissance – avec ces liens – des trois épisodes publiés :

  • La Tombe du facteur de Colombiers
  • Le 19 août 1944…
  • Un assassinat impuni !

La Tombe du facteur de Colombiers

Presque trop « fastoche » comme jeu de piste (1)

Je n’ai pas eu à chercher longtemps.

Presque trop « fastoche » comme jeu de piste. Après avoir garé la voiture au bout de la Grande Allée, j’ai emprunté l’un des sentiers perpendiculaires à celle-ci, avec l’entêtante mélodie de The Forest des Cure entre les deux oreilles – « Here’s a voice… » -, puis d’instinct j’ai longé le bruit continuel de l’autoroute A10– « … calling my name… ». J’ai croisé quelques promeneurs : un couple âgé souriant, puis une dame méditative sur un banc, et le chemin sablonneux m’a guidé naturellement, se déroulant comme un long tapis d’apparat, jusqu’à la stèle. Les arbres dénudés d’un printemps encore juvénile m’en avaient même laissé voir la forme, cent mètres avant. Aucun mystère, donc. Aucune émotion particulière. Et quelques chants d’oiseaux pour rendre l’instant plus fluide encore, presque jusqu’à l’insignifiance.

A vrai dire, je suis un peu déçu. J’avais pensé me perdre et ne retrouver l’endroit que difficilement, le cœur serré et l’âme confuse. En réalité, je n’ai pas retrouvé la jungle de mon enfance. Mon souvenir de l’endroit était resté à hauteur de petit d’homme. Il y avait des arbres gigantesques et ombrageux, sévères et protecteurs de secrets, initiateurs de frayeurs, toute une forêt enfouisseuse, pas si malveillante que ça en fin de compte, mais tout de même un peu ogresse…Oui, des arbres immenses et feuillus – car on devait être en juin, à ce moment de l’année scolaire où s’autorisaient enfin des sorties en plein air. De l’école Jean-Zay – un martyr déjà -, il est probable que nous avions claqué nos sandalettes dans la rue Mergault, pour arriver à l’entrée principale de la forêt domaniale, comparable à une bouche énorme. J’imagine que, tout excités par l’aventure, nous avions pris plaisir à nous laisser engloutir par le petit chemin immédiatement sur la droite, marchant les uns derrière les autres, deux par deux, une fille un gars. Les trois ou quatre hectomètres nous séparant de la stèle valaient un périple autour du monde. Des points de lumière transperçaient les cimes des arbres et dessinaient des formes mouvantes sur le sol. Je dis ça, mais avec les années, la mémoire joue la fantaisiste, elle aime à s’égarer. Ta tombe apparut, bien modeste, je crois me souvenir qu’elle était un peu triste, et la clairière autour très ombragée. Plus que le reste de la forêt. On ne distinguait plus le bleu du ciel à cause du toit formé par les frondaisons se rejoignant au-dessus de nous, de toi. Triste, oui. Pour un gamin, le souvenir c’est d’abord une impression et celle-ci m’a influencé jusqu’à ces dernières minutes où j’ai retrouvé l’endroit. Je revois la silhouette de l’institutrice, cheveux tirés en arrière – enfin, je crois -, je n’entends plus sa voix, mais elle a parlé du facteur, ça j’en suis sûr. Oui, de toi, le facteur, et depuis je te perçois dans mon esprit comme un grand-père vêtu de l’habit et de la casquette gris sombre des PTT. Un héros des temps anciens.

Mais la fascination effrayée de l’enfance s’est évaporée, elle a cédé la place à une sorte d’agacement, une colère sourde… Je râle, je peste de ne pas retrouver ces sensations d’avant. J’ai la mauvaise humeur à fleur de peau. Ah, qu’est-ce qu’on peut vieillir, bon Dieu ! Qu’est-ce que je fais ici ? Rien que des troncs plantés, aux branches squelettiques qui ne filtrent même pas les bruits motorisés de l’autoroute. La route de Colombiers est plus proche encore : une voiture et une fourgonnette passent furtivement, déchirés par les filaments de branches ; je tourne la tête et distingue aussi les murs crépis de clair des quartiers résidentiels. Banalité périurbaine des temps modernes. On est à une centaine de mètres de cette drôle de lisière où les habitations et la forêt se font face, de chaque côté de cette rivière goudronnée qu’est la route. Sûr qu’ici les clameurs de la Montée-Rouge se font entendre les soirs de match. D’ailleurs, je crois qu’une rue porte ton nom près du stade. Sur ma droite, un peu plus loin, il y a tout le paysage de ma jeunesse, bien transformé depuis : l’école Jacques Prévert et le centre de loisirs – que j’ai vus sortir de terre – , les résidences de la belle Gabrielle et de son Vert Galant, à présent complètement enserrées dans le tissu urbain, le lac de la forêt dont j’ai fait le tour des centaines de fois en rêveur solitaire.

Et toujours la question qui me taraude : pourquoi revenir ?

Ce n’est même pas ta tombe, Camille, et d’ailleurs tant mieux : tu ne reposerais pas en paix dans ce périmètre ouvert à tous les vents, dans cette cathédrale de branchages trop bruyante, si peu propice au recueillement, ou bien au rêve de gamin, même s’il peut virer au cauchemar. Les vieilles ruses légendaires ne marchent décidément plus. Cette histoire de fantôme, on jouait les bravaches en se disant qu’on ne voulait pas vraiment y croire mais elle nous flanquait une de ces trouilles ! Il se disait que tu circulais à bicyclette ici-même, les soirs de pleine lune. Mais qui aurait oser s’aventurer au fond des bois à la nuit tombée pour croiser ton spectre ?

L’endroit n’a maintenant plus rien d’apeurant, de mythique, et c’est cela qui m’inquiète. J’y vois un autre aspect de la « banalité du mal ».

Le bloc de ciment, d’une massivité inélégante se tient dans un espace quadrangulaire de 4 m2 entouré d’une clôture basse d’un blanc défraîchi qui suinte l’ennui et l’indifférence. Ah, des fleurs tout de même. Quelqu’un a donc pensé à toi. Je m’approche de la stèle, du côté où des lettres sont gravées. Je m’accroche à l’espoir de ressentir quelque chose en rapport avec ton histoire tragique… Mais ton nom s’est un peu effacé. L’ouïe reste sollicitée pendant que je scrute : une grosse voiture qui roule en trombe, toujours route de Colombiers ; une tondeuse à gazon qui s’enclenche à quelques centaines de mètres derrière moi, un bruit de klaxon vers les rues Mergault et Rabeau.

Ce lieu m’apparaît alors comme le symbole du monde tel qu’il est devenu : frénétique et amnésique. J’étire mon cou vers la plaque gravée. M’écorche un peu les yeux à déchiffrer les mots, inscrits en rouge, comme du sang qui aurait séché, en lettres capitales… « Capitales » en effet, car seules garantes d’une mémoire, aussi imparfaite soit-elle.


Le 19 août 1944…

Camille, un prénom de fille de nos jours, tu sais, mais parfaitement mixte à ton époque.

 

Photo David Pascaud

Allez Sherlock, sortons les informations déjà recueillies… Qu’ai-je noté… L’Etat-civil complet : Camille Arthur Audinet, né le 13 août 1919… Ta trace, je l’ai retrouvée dans un document de l’Association des déportés internés résistants et patriotes de la Vienne (ADIRP) publié pour le 60e anniversaire de la Libération. Il énumère les victimes de la répression dans notre département pendant l’Occupation. Trace infime. Une ligne pour toi, comme pour chacun des autres. Pas de photo. Je ne sais toujours pas à quoi ressemblait ton visage. Tes descendants conservent peut-être des documents dans un vieux tiroir, un coffre de grenier. Mais ce serait impoli d’aller déranger ces gens pour obtenir des renseignements sur toi. As-tu même eu le temps d’avoir des descendants ?

Je me dis que tu es bientôt centenaire, mon vieux Camille. Enfin, vieux, on se comprend. En ce 19 août 1944, tu as eu 25 ans il y a moins d’une semaine… Bon anniversaire ! Atteindre le quart de siècle, c’est un sacré événement ! Je me demande si tu as reçu un cadeau pour l’occasion, un mot gentil, le baiser d’une fille, l’accolade d’une mère, la tape sur l’épaule d’un frère, d’un ami… Surtout en ces temps si troubles et si rudes, ç’eût été réconfortant… Centenaire, que dis-je… excuse-moi, tu n’as que 25 ans, 25 ans pour toujours, et je me rends compte que moi, en ces temps de modernité insensibles, j’en suis à l’âge d’être ton père.

Photo David Pascaud

Sais-tu Camille que la lecture d’un nom, gravé dans la matière, me donne toujours la même impression diffuse ? Une sorte de spleen romantique mêlé d’angoisse face au temps qui passe, efface, face à la mémoire des hommes qui se trompe, s’estompe… La mélancolie est toujours là, variant quelque peu ses teintes ; elle était plus apaisée au-dessus de la pierre tombale de Marie Paillard, « demoiselle de Noizé » décédée en 1674, sise dans cette église pré-romane désaffectée au milieu des champs, dans le calme de la campagne poitevine entre Vienne et Deux-Sèvres ; plus douloureuse avec les traces retrouvées de Marcel Blanchard…

… FACTEUR DES PTT A COLOMBIERS …

En guise de clin d’œil – et de très mauvais jeu de mots, tu m’excuseras – je dirais que tu fus un homme de lettres. Mais je cesse de faire le malin. Tu étais un jeune facteur intérimaire, Camille, tu vivais à Corcet, sur la commune de Naintré. Là où ont vécu mes grands-parents. Hé dis, ce n’est pas rien comme point commun !

Mais qu’est-ce que tu fichais là, où s’érige à présent cette stèle, presque à l’entrée de la ville, en ce funeste 19 août 1944 ?

Ça canarde depuis le début de l’été. Il n’y a jamais eu autant de victimes depuis la débâcle. C’est même pire qu’en 40 : les civils ne sont pas épargnés… La ville a été bombardée trois fois par l’aviation alliée : le 11 juin, cinq jours après le débarquement de Normandie, les quartiers de la gare et de la sous-préfecture sont touchés, onze châtelleraudais périssent sous les bombes de ceux qui nous libèrent ; le 15, pendant l’Assomption, c’est la forêt qui est frappée ; et dernièrement, le 10 août, le centre-ville.

Je te le dis Camille, ça va continuer après toi… Quatre fusillés au collège Berthelot le 25 août 1944… Le même jour, pas loin du pays châtelleraudais, le village de Maillé est massacré et incendié par un régiment de SS… Plus au nord encore, Paris est libéré. La chronologie sait jouer la cynique, tu ne trouves pas ? Une semaine plus tard, le 1er septembre, le pont Henri-IV, miné par les Allemands, est sauvé après des négociations menées par Marcel Wiltzer, sous-préfet collaborationniste qui gagnera ainsi sa réputation de héros local. Je l’aime ce pont, oh que oui, mais tout de même… toutes ces vies humaines qui n’auront pas été sauvées, elles… La ville est libérée début septembre. Entre le 4 et le 6, Louis Ripault est rétabli en tant que maire. Notre vieille Manu fête officiellement sa libération le 7 et elle va trimer les mois suivants en fabriquant ce qu’il faut d’armes pour vaincre les dernières poches de la Wehrmacht sur la côte atlantique. En cette fin d’été 44, ça pavoise à Châtellerault, les maquisards défilent dans les rues sous l’autorité départementale des Force Françaises de l’Intérieur. La république est de retour après quatre années de soumission et de terreur. Liberté, Egalité, Fraternité s’étalent sur des banderoles ; on entonne La Marseillaise ; le maire prononce un discours officiel. Début octobre, un conseil municipal de Libération est mis en place. Des défilés, il y en aura jusqu’à mi-octobre et même le 23 novembre 1944 par solidarité avec l’Alsace car Strasbourg vient de briser ses chaînes à son tour.

Tout ça, tu ne l’as pas vécu, Camille. Toi, tu dors depuis le 19 août… « Deux trous rouges au côté droit ».

… A ETE LÂCHEMENT ASSASSINE ET VOLE …

« Volé »… Ce mot m’inspire presque plus de dégoût que « assassiné ». Pas même un fou furieux convaincu de la suprématie aryenne. Un crime de guerre crapuleux, salement crapuleux…

Mais bon sang Camille, qu’est-ce que tu foutais là… !? Tu ne pouvais pas la faire ailleurs ta tournée, ou plus vite, ou plus discrètement !? Tu l’aurais évitée, cette mauvaise rencontre !

Étais-tu toi-même un type bien, Camille ? Je n’en sais rien. Peut-être ai-je en cette minute de l’empathie pour un gars mal-aimable, antipathique, lâche, que j’aurais détesté si je l’avais connu, à qui j’aurais disputé la même fille à l’école communale, dont je n’aurais pas partagé les idées politiques, le mode de vie, que sais-je encore… Il y a tellement de raisons faciles de ne pas aimer son voisin… Je n’aurais peut-être pas apprécié ta tête, rien que ça, Camille, ou quelque autre bêtise… Je ne suis pas un saint irréprochable. Aimer son prochain et tout ce prêchi-prêcha, pas ma tasse de thé. Je cultive le scepticisme, c’est comme ça. Alors, quel genre de type as-tu été ? Cette question je me la pose tout autant lorsque, face à un Monument commémoratif, s’égrène sous mes yeux la liste gravée des « Morts pour la France ».


Un assassinat impuni !

Peu importe Camille, tu es une victime. Innocente. Une victime est toujours innocente. Tu as rejoint les rangs, trop fournis depuis les origines de l’humanité, des massacrés pour l’exemple, des assassinés au hasard, des otages exécutés…

… PAR UN MEMBRE DE L’ARMÉE ALLEMANDE …

Une victime. Comme Marcel.

Qui Marcel ? Mais tu sais bien, Marcel Blanchard, je t’en ai parlé tout à l’heure. Ce petit gars de 17 ans qui t’a rejoint dans l’au-delà, dans l’au-de-rien, une semaine après toi. Ben oui Camille, rien qu’une semaine. Pendant cette période de Libération, douloureuse et sacrificielle. Lui, c’était à Chauvigny, sur l’avenue longeant la Vienne, non loin de l’actuel collège Gérard-Philippe. Les nazis, dans la débandade, n’étaient plus des surhommes qui allaient régner sur le monde pour mille ans. Rien que des fuyards fanatiques qui voulurent signer quelques dernières infamies avant de disparaître. Marcel Blanchard, le frère de ma grand-mère. Son grand-frère. Un grand-oncle pour moi, tu l’as compris. Un grand-oncle qui aurait fait passer un ou deux documents à un chef de la résistance locale, lui aussi membre de la famille. On n’a jamais bien su. Quand elle ne ment pas, la mémoire se fait évasive. Ou bien a-t-il été pris au hasard. Pour être exécuté contre un mur. Figé dans ses 17 printemps. 17 hivers. Le grand-oncle Marcel, presque irréel. J’ai retrouvé la tombe pourtant – il fallait que je me convainque -, dans le petit cimetière de Saint-Pierre-les-Eglises ; j’ai vu aussi un portrait noir & blanc de lui, coincée dans le mince espace entre la plaque commémorative et le mur du supplice, déposée là par une main inconnue et que je devine fébrile. Depuis, les joints ont été calfeutrés, la photo sommeillera ad vitam aeternam dans le ciment de l’ignorance et du pragmatisme. Pauvre Marcel. Tué une seconde fois. En août 44, flingué sûrement par les mitraillettes de jeunots aussi imberbes que lui, petits cons sans cervelle et sans scrupule, des salopards comme ceux d’Oradour sur Glane deux mois auparavant, comme ceux de Maillé, si jours plus tard, comme tous ces crétins encore enrôlés de nos jours dans de je ne sais quelle cause divine et antihumaine… Pardon Camille, je m’égare, je mélange tout. Je ne dois pas ; ça manque de dignité, tu as raison ; je dois lever les yeux vers les cimes, embrasser du regard ces bois qui pourraient être apaisants, m’imprégner de la force brute de la nature. Respirer.

… DONT LE CRIME EST RESTE IMPUNI …

 Qu’est-il devenu celui-là ? A-t-il bien dormi le restant de sa vie ? A-t-il eu des enfants ?

L’impunité, elle se nourrit du silence, celui des lois d’amnistie, de la respectabilité des sociétés ultramoderne qui n’imaginent pas la potentialité du retour du pire et qui produisent, consomment, effilochent la conscience, et l’impunité se nourrit alors, aussi, du bruit, celui de la vie qui continue, qui s’en fout, celui des va-et-vient – ces foutues bagnoles indifférentes, ces vrombissements…

Je repense à ces fadaises, celle du récit de ton âme errante à la nuit tombée. Il faut être un « drôle » pour croire ça, et je pensais que celui que je fus était mort aussi. Pourtant, une sensation émerge : je tremble un peu à l’idée de rentrer trop tard, après le crépuscule. Risible, n’est-ce pas ? Ce gamin n’a pas disparu. Il est resté enfoui dans l’inconscient, et c’est toujours lui qu’on cherche vainement dans les plaisirs fugaces de l’existence. Nos peurs, nos rêves de gosse sont encore là, sous le vernis de la rationalité adulte. On reste hanté par notre enfance. Les spectres, tous les autres, hantent aussi notre conscience collective et, parfois, le voile du quotidien se déchire.

Les voitures peuvent passer et repasser, les saisons aussi, la mémoire reste tapie, et c’est à notre conscience humaine de venir la cueillir.

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Je distingue un trait, dont le rouge est en partie effacé. Tirer un trait. Sur le souvenir ?

Non, la rainure restera, elle. Inaltérable. J’aimerais qu’elle soit le symbole du travail de mémoire par la pédagogie, la pensée, la résurgence des souvenirs, la parole qui se libère.

Dans quelle mémoire ai-je plongé, Camille, pendant toutes ces minutes ? La mienne ? La tienne ?

La nôtre, tout simplement.

Je vais finalement m’assoir sur ce banc, pas loin de la stèle. Attendre, au milieu du bruissement des premières feuilles. Les pétarades des moteur se feront plus rares en soirée, la nuit m’enveloppera peu à peu, en même temps qu’affleureront d’antiques impressions de môme, les arbres vont s’épaissir, l’obscurité se densifier. L’homme de doute et l’enfant impressionnable, le prof sévère et l’écolier timide ne feront plus qu’un ; serein.

Je te verrai alors, nimbé d’une lumière pâle, juché sur ton vieux biclou, sacoche en bandoulière. D’un léger mouvement de tête ou d’un petit signe amical de la main, nous nous saluerons.

Persuadés l’un et l’autre que les lettres et la mémoire parviendront à destination.

5 réponses sur “La saga du «Facteur de Colombiers»”

      1. Voilà une bonne idée que je garde sous le coude 😉 Dans le recueil qui paraîtra en septembre (éditions du Carnet à Spirale), une des nouvelles est écrite avec la même tonalité mélancolique. Elle rend également hommage à une personne disparue : Marie Paillard, évoquée d’ailleurs subrepticement dans le texte sur Camille Audinet.

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