Le Facteur de Colombiers : Et après, quoi ?

David Pascaud, s’est laissé emporter par ma sollicitation d’écrire quelques lignes pour ce blog ; et il finit par me faire une surprise, et pour faire un bel néologisme, la surprise fut très inattendue …au sujet de cette stèle en forêt, qui me m’étonna lors de mes premières marches en forêt à Châtellerault, et j’ai longtemps cherché avant de trouver une réponse à mon questionnement.

Un long article, dont il fut fait, trois épisodes, pour le faire rentrer au format des pages du blog, comme dans les meilleures séries télévisuelles et rencontra, un petit succès d’audience. Ceci et ses chiffres sont sans importance par rapport à d’autres questions, comme par exemple le droit de mémoire ou la découverte pour d’autres, ou bien la lecture d’un texte bien ficelé.

D’ailleurs, je découvre que l’auteur ne manque pas sur sa page Facebook, de faire une petite « analyse post-publication», que je reprends in extenso :

L’écriture de la « La tombe du facteur » montre le lien qui peut naître entre une inspiration très personnelle et une mémoire collective. Le récit, publié en 3 épisodes dans les pages de Autres Regards de FH, a éveillé la nostalgie et/ou la curiosité de certains lecteurs. Mme Audinet, nièce du jeune facteur assassiné au mois d’août 1944 en forêt de Châtellerault, apporte des éléments historiques qui complètent son témoignage. Je tiens à lui transmettre de nouveau mes sincères remerciements.

Or ce texte, réveilla des consciences, et celle de madame Colette Audinet, qui nous a donné son témoignage, avec sincérité et courage parce qu’elle a eut la franchise de me faire connaître toute la souffrance qu’elle a emmagasinée de ce tragique événement, d’autant  qu’elle vécut enfant, aux premières loges, la tristesse inconsolable des parents du Facteur de Colombiers, qui quittèrent cette vie avec le chagrin riveté au cœur depuis le 19 août 1944…

Je voudrais aller au-delà de cette saga et de ces souvenirs, et des questions historiques, et faire en sorte que cette mémoire ne s’efface pas ; il ne faut pas qu’elle s’éteigne jamais.

J’ai retenu le propos de Colette Audinet, lorsqu’elle m’écrivit, « enfant je participais à la marche souvenir que nous faisions – tous les ans – depuis Colombiers jusqu’à l’orée de la forêt, en souvenir de Camille Audinet, pour faire plaisir à mes grands-parents » !

Pourquoi, aujourd’hui, nous ne marcherions pas depuis l’orée de la forêt jusqu’à la stèle du Facteur de Colombiers, quelques petits hectomètres, à pied et en silence, sans fleurs, ni couronnes, ni banderoles ni ballons ni discours ni encore moins d’écharpes tricolores, pour regarder en silence cette marque au milieu des pins et des chênes de la forêt et avoir une pensée forte pour lui ;  Le jour anniversaire de son assassinat, le 19 août 2017 ?

Un petit effort de nous pour lui, martyr d’une barbarie absurde.

Si vous trouvez cette idée intéressante et si vous souhaitez y participer dites le nous…

Nous sommes déjà quatre à vouloir nous retrouver ensemble pour y aller faire ce geste le 19 août 2017…madame Meslem, conseillère municipale de Châtellerault, qui en tant que randonneuse a été sensible à cette parution, l’auteur de la saga, David Pascaud, et Fabienne Epain, une internaute qui a été sensible par ce récit…et moi-même.

Et pourquoi pas vous ?

Manifestez-vous si vous souhaitez vous joindre à nous quatre pour que nous soyons nombreux…sans tapage à saluer cette mémoire de notre « petite histoire » locale, mais grande par les sentiments qu’elle porte. Et faites marcher les réseaux sociaux pour le faire savoir…

Autres rencontres !

Réseaux sociaux : nouveau type de rencontres ?

Giulietta regarde Châtellerault !

Déjà l’ouverture du site www.chatellerault-images.fr me permit de découvrir Giulietta, la mascotte inaccessible, une relation amoureuse que j’ai beaucoup de mal à assumer…qui me fait craquer, comme un pétard qui s’enflamme et plus de mon âge ! Et voilà d’autres rencontres qui apparaissent sur la Toile …

Facebook : en horreur ?

« Bonjour ! Comment allez-vous, me dit la dame … »

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D’après le curé de Colombiers…

Je vous adresse ces deux extraits du livre « Colombiers livre-nous ton histoire «  que j’ai ressorti de l’étagère ! A lire ci-dessous  la lettre -témoignage – du curé, qui me fait réaliser combien mon grand-père a dû souffrir quand il est allé constater l’assassinat de son fils et qu’en plus il a été injurié, humilié à la Kommandantur. Je suis émue en pensant à la douleur que mes grands-parents ont supporté toute leur vie … Très cordialement. Colette Audinet .

Le 19 août 1944, à 20 h 30, est tué dans la forêt de Châtellerault Camille Audinet, né le l3 août 1919 à Colombiers et domicilié à Corcet, commune de Naintré. Il était le facteur de la commune de Colombiers ; le soir il rapportait le courrier à Châtellerault, puis se rendait chez lui. C’est en rentrant ainsi, un soir, qu’il fut tué par des SS alors qu’il traversait la forêt. Le brigadier de gendarmerie de La Tricherie, que j’ai vu quelques jours après, croyait que M. Audinet avait commis la faute de s’aventurer dans les sentiers de la forêt et qu’il avait été pris pour un maquisard. Le père de Camille Audinet croit que son fils a été tué sur la route, puis traîné dans la forêt. En tout cas, peu de temps après le coup de feu, on trouve la bicyclette de Camille Audinet sur le bord de la route et le docteur Lacoste, médecin-chef de l’hôpital de Châtellerault qui fait les constatations sur place, déclare qu’il avait été tué à bout portant… (témoignage du père). Une partie de la nuit, la jeune femme de Camille Audinet le chercha, plusieurs fois arrêtée par les allemands. Le lendemain  matin, Delhomme, voisin du disparu, vint chercher le père à Colombiers. Celui-ci se rendit à la gendarmerie française qui ne savait rien ; puis à la gendarmerie allemande qui fit la même réponse et le renvoya vers la Gestapo. Là encore on dit ne rien savoir. Accompagné de gendarmes français, le père se rendit alors à la Kommandantur allemande au collège Saint-Gabriel à Châtellerault. Ici les allemands voulaient  d’abord conduire le père au lieu du crime : après attente et un coup de téléphone aux coupables. L’endroit fut indiqué. Le père s’y rendit accompagné de gendarmes français et retrouva le cadavre de son fils recouvert de branchages et de feuilles. Il était 16 h 30, mais sur ce cadavre il n’y avait plus de papiers et le père revint à la gendarmerie allemande où l’on répondit : « on n’a plus les papiers sans quoi an vous les donnerait ». A la Gestapo ce furent des insultes et l’ordre de sortir immédiatement et d’aller voir la Kommandantur. A la Kommandantur on lui donna les papiers mais il manquait de l’argent : 1.500 à 2.000 francs selon le témoignage du père. Une grande foule assista aux obsèques.

Rien d’autre se passa à Colombiers durant l’été (…)

M.J. RIVAUD, curé de Colombiers

Chère madame Colette Audinet, je vous remercie infiniment de votre témoignage et je comprends mieux ainsi votre souffrance…

 

Avec la musique au théâtre Blossac !

Au théâtre Blossac, cinquième visite mais celle-ci en musique !

Lors de la dernière visite, c’était la quatrième, j’étais plus qu’en retard mais là, j’étais en avance, et bien avance puisque j’étais le premier arrivé pour prendre mon ticket à tarif réduit ! Et la dame des Arts et de l’Histoire du Pays Châtelleraudais me fit la bise de bienvenue.

Mais ce n’est point pour elle que je suis venu mais en raison de la déambulation en musique accompagnant la visite du Théâtre Blossac. Une autre approche patrimoniale qui s’est avéré une belle réussite.  La routine des visites n’était pas en moi, même si je commence à mémoriser certains passages des propos de la guide-conférencière attitrée mais comme son parcours change la ritournelle à chaque visite, une nouveauté est toujours là … je dois lui prêter une attention plus que bienveillante.

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Une semaine de lecture…de vous

Bien qu’elle ne soit pas terminée, dans la mesure où cet état, ne comprend pas en considération, les lectures de ce dimanche 23 avril 2017, mais il est certain que les internautes seront davantage préoccupés de faire leur choix électoral et prendre connaissance des résultats affichés …que de s’attarder dans ce pages  !

Les meilleures audiences de la semaine auront été :

Et ne pas oublier de vous remercier de votre fidélité à suivre ce blog qui commence à trouver son public…

Les commentaires d’après !

Les châtelleraudais ont commenté…

« La parution en 3 épisodes de « La tombe du facteur » dans les pages de « Autres Regards de FH » a ravivé des souvenirs chez les Châtelleraudais. Le récit s’inspire de l’assassinat de Camille Audinet en août 1944. Un tragique événement à la fois su (la stèle dans la forêt est visible de tous) et méconnu.

La propre nièce du « Facteur de Colombiers » apporte ici un témoignage émouvant et éclairant.  Qu’elle en soit remerciée ».

C’est par ces mots que David Pascaud, s’exprime sur la Page Facebook accueillante !

Mais les châtelleraudais s’expriment également…

– Daniel Duchene   : Toute ma jeunesse…….. 

– Brice Havard   : Superbe article. On a tous été avec son école sur ce sentier. Et les ressentis sont tous identiques lorsque l’on est enfants. Génial. 

– Edith Longé : Combien d’après midi à y jouer avec mon frère et ma meilleure amie que de bons souvenirs Merci pour cette magnifique photo et pour ne pas oublier ce moment de notre histoire.

– M-christine Rongere : Je ne connaissais pas cette histoire !!!

– Daniel Duchene   : L’ assassinat n’ a pas eu lieu DANS la forêt, mais simplement sur le bord de la route………j’ ai bien connu des gens de la famille de ce pauvre facteur……il a été abattu par les soldats allemamds qui montaient la garde a cet endroit car il y avait un dépot d’ essence…….qui a été bombardé ensuite par la RAF…

– Christine Geron : D’après les dires de mon père qui a connu la famille, ce n’est pas la tombe du facteur mais une stèle qui y est érigée, à l’endroit où il est décédé.

– Anita Dunoyer : Un magnifique témoignage de Mme Audinet sur cet oncle disparu si jeune, dans l exercice de ses fonctions.Une tombe directement liée à mon parcours professionnel, puisque des années nous sommes allés tous les mercredis nous promener dans cet endroit dont je suis attentivement toutes les informations historiques de cet événement tragique…Par l intermédiaire de la magie des réseaux sociaux.

David Pascaud : Merci à vous, FH, pour votre hospitalité sur ce blog plein de vie qui relie les instantanés du présent aux souvenirs du passé. Vous contribuez ainsi à ce « travail de mémoire » qui m’est si cher, plus profond et plus sincère que le « devoir de mémoire » trop institutionnel. Le Châtelleraudais d’adoption a offert une bien belle occasion au Châtelleraudais de naissance exilé d’affuter son regard et de « revisiter » la ville de son enfance. Qu’on se le dise : l’aventure intérieure et les émotions peuvent se vivre au coin de la rue ! Continuez d’arpenter la cité et ses environs et d’en saisir l’âme ! Mes amitiés < DP.

Guy Legeay : J’ai lu ce récit concernant la mort de Camille AUDINET. Récit très émouvant qui incite à la tristesse, à la mélancolie et forcément aux interrogations qui arrivent forcément sur les circonstances d’un mort atroce, annoncée et probablement supportée dans une solitude tragique par l’intéressé…..Cette stèle isolée dans la nature suscite le même questionnement.. Qui pour l’ériger ? Je ne sais pas si le « Souvenir Français » existe à proximité… mais ceci mériterait au moins un fleurissement, voire une cérémonie commémorative.

Accessible par ce lien 

Un autre pont ?

Elle et lui, une dame et un monsieur, me dirent un jour : mais il y a sept ponts à Châtellerault !

Et je me demande, si après le pont Henri IV, objet de tous les Regards et surtout, de toutes les Images, il n’y aurait pas aussi le Pont des Soupirs photographiques !

Alors que les châtelleraudais – et moi, aussi – n’ont de yeux que pour le pont Henri IV, l’autre pont fait le « jaloux » et pourtant, il a aussi ses lettres de noblesse, puisqu’il a gagné la mention « Monument historique », un qualificatif qui n’est pas donné à tout le monde, et surtout aux autres ponts de Châtell’.

Eh oui le pont « de Hogues » a aussi ses mérites propres …et il est magnifique à regarder.

L’autre, celui qui porte la gloire, au-dessus de la Vienne, et qui constitue l’icône par excellence de la cité de Châtellerault, lui laisse une petite place dans les photos et les images qui courent par ci et par là…

Je ne me laisse pas porter par cette gloire qui n’est pas imméritée mais l’autre gagnerait avec bonheur, également un peu plus d’attention de notre part.

Le pont Henri IV, a pour lui toute la noblesse gagnée depuis le Moyen Âge, la Renaissance, puis la Révolution, et qui a grandement  marqué l’histoire, petite et grande, de notre city mais son concurrent en amont de la Vienne, lui a un peu volé la « vedette américaine» depuis la première révolution industrielle !

Si le premier, le pont Henri IV, porte un peu fièrement comme un « droit d’ainesse » sur ses 9 arches, et fut construit et reconstruit, pour assurer le passage entre les deux rives, à une époque où les notions de droite et gauche étaient très relatives, son frère fluvial, le plus proche, sur sa gauche, fut construit, parce qu’il fallait bien accéder au site industriel, rapidement et de manière efficace, et sans fioritures, raison des affaires, et les affaires commandaient, ce qui ne l’empêcha pas de se faire très beau aussi…

Je l’aime beaucoup, parce que, outre son architecture novatrice pour l’époque, de sa construction, il permet de découvrir des images très intéressantes, et toujours changeantes, avec les saisons et les teintes du ciel…en projetant son regard, par-dessus la Vienne, vers le site de la Manufacture…

Essayez-vous au moins une seule fois, au lieu de passer limite 50 km/h, au-dessus…en toisant le «pont Henri de Hogues» !

Je me dis souvent, à l’angle du pont avec le quai du 11 novembre, côté rive droite bien sûr, que la vue est tellement belle, qu’il faudrait se poster, tous les jours, à l’approche du crépuscule, lorsque les lumières de fin de jour retrouvent ses belles teintes adoucies…pour graver sur la pellicule mes Regards, dans des Images.

Et pourquoi pas 365 photos ! 

Mais non madame !

…puisque je vous le dit !

En effet, madame, il n’y a pas tous les jours un nouveau Post dans le blog !

Difficile avec le tempo du métronome de publier un article par jour… La bonne idée, le bon sujet, ne se commandent pas, et heureux ceux qui pourraient disposer des qualités – et des dons – pour le faire ainsi…

Puis il faut bien reconnaître, que tout simplement le cœur, l’envie, la disponibilité ne sont pas là pour y contribuer toujours ! Des fois, la muse n’est pas là pour aider la plume ou le clavier à sortir…

A défaut de nouveauté, contentons-nous aujourd’hui, de rappeler qu’il y a six articles à la Une – des articles regroupés, dans un menu spécifique et doté des petits carrés vert, une sorte de barre de navigation particulière – pour revenir aisément sur des articles phare , publiés il y a quelques semaines et qui avaient retenu l’attention des internautes, parmi le flot des publications, dans l’en-tête du blog , il s’agit :

Un petit lot de quelques lectures avec plein d’images au hasard des clics !

Une semaine de photos

Tous le jours, et chaque journée qui vient une photo !

Sept jours passés avec une photo en avant…que vous avez peut-être découverte ou vue fugacement…

Le moment de les revoir pour n’en rater aucune des photos Autour de Châtellerault !

Images oui mais surtout des Regards que l’on peut imaginer.

 

La nièce du Facteur de Colombiers, témoigne pour nous !

Madame Colette Audinet, m’a adressé ce texte par courriel. Un témoignage personnel de la nièce du Facteur de Colombiers… Une réaction inattendue – et heureuse – dont seuls les réseaux sociaux sont capables…Outre, le poids des sentiments qu’il porte, il constitue une expression de valeur dans le «droit de mémoire», et l’enrichissement de notre patrimoine…Il vous est présenté ci-dessous, tel quel :

Une amie m’a transmis les articles sur Camille Audinet pensant que je serais intéressée… Oui, bien entendu.

Il était le frère de mon père, mais je ne l’ai pas connu car je suis née le 21 août 1949. Mon anniversaire coïncidait toujours – à deux jours près   à la date anniversaire de la mort de cet oncle.

Tous les ans, avait lieu une commémoration à la stèle, dans la forêt, où se retrouvaient tous les membres de la famille proche et élargie, ainsi que de nombreuses personnes que je ne connaissais pas. C’était l’occasion pour mes grands-parents de perpétuer le souvenir du « petit Camille » comme disait ma grand-mère avec tant d’amour, et les yeux toujours  remplis de larmes. Je l’ai toujours vue vêtue de noir en signe du deuil de ce fils tant aimé.

Pour faire plaisir à ma grand-mère, mes parents m’ont donné pour second prénom CAMILLE !  Ce qui n’était pas du tout à la mode à l’époque, et je ne le mentionnais jamais car j’en avais honte.  Les temps ont changé et les modes aussi…

Photo Camille Audinet – Contribution de la famille

A la mort de mon père, j’ai trouvé quelques photos de son frère ; je vous envoie celle prise pour son mariage.

Il a été marié très peu de temps, et il est enterré au cimetière de Colombiers. Il me semble qu’il a eu un enfant qui est décédé tout bébé. La période n’était pas à la gaieté !

Je ne connais pas la raison de son assassinat. Mon père n’avait aucun élément, car en août 1944, il se trouvait en Allemagne, au STO, où il avait été envoyé en 1942, pour ses 20 ans (Il n’était pas volontaire !). Il n’a appris la mort de son frère qu’à son retour dont j’ignore la date.

J’ai toujours voulu croire que c’était quelqu’un de bien, qu’il faisait partie de ces anonymes qui se sont bien comportés. Et comme dans les films, il me plaisait d’imaginer que son métier de facteur lui permettait de transmettre des messages clandestins entre résistants …Mais je n’en sais rien du tout !

Depuis ma plus tendre enfance, j’adorais le poème « le dormeur du val », c’était peut- être à cause de cet oncle que je n’ai jamais connu.

Je vous remercie d’avoir eu une pensée pour lui et d’en avoir fait part aux Châtelleraudais.

Très cordiales salutations

Colette Audinet


« Le dormeur du val « 

(Arthur Rimbaud)

C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

 

du Pays Châtelleraudais